Secrétariat du Québec aux relations canadiennes - Gouvernement du Québec.
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Lancement du Centre d’analyse politique : Constitution et Fédéralisme

La version prononcée fait foi.

Je suis très heureux d’être ici aujourd’hui pour souligner le lancement du Centre d’analyse politique – Constitution et Fédéralisme (CAP-CF) de l’UQAM, dirigé par le professeur Alain-G. Gagnon.

J’ai aussi le plaisir de vous annoncer que notre Secrétariat soutiendra cette année les activités du Centre à la hauteur de 100 000 $.

En 2015, Alain G.-Gagnon rappelait l’importance pour les acteurs politiques et intellectuels de « porter une attention renouvelée sur le rétablissement de règles constitutionnelles de reconnaissance mutuelle, pour que les nations fondatrices soient respectées par tous ».

Le CAP-CF concrétise ces propos. Ses activités contribueront à mettre de l’avant un fédéralisme plurinational ainsi que la reconnaissance et la compréhension mutuelles au sein des fédérations.

Ce faisant, le CAP-CF fait aussi directement écho à la Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes dévoilée en juin dernier.

Cette Politique appelle au dialogue entre les Québécois et tous les autres Canadiens sur ces questions, à la reconnaissance de la diversité collective et aux échanges accrus entre les chercheurs québécois et les autres chercheurs canadiens.

La Politique rappelle que, pour le Québec, le Canada est un État plurinational, et qu’il l’a toujours été.

Que le Canada peut être un modèle pour le monde, s’il accepte de reconnaître la diversité collective et les appartenances plurielles.

Que les langues officielles du Canada devraient contribuer à nous unir plutôt qu’à nous diviser.

Que « Nous sommes Québécois, et c’est notre façon d’être Canadiens ».

Nous avons la conviction que c’est en alimentant un dialogue positif, en nous rapprochant au sein de la fédération et en développant une confiance nouvelle, que nous arriverons à mieux nous connaître, et à mieux nous reconnaître.

Le rapprochement, une meilleure connaissance réciproque, des liens économiques, sociaux et culturels renforcés, constituent le passage obligé pour permettre un changement constitutionnel, sans crise.

Le CAP-CF constitue une initiative nouvelle dans la constellation des centres et instituts de recherche au Québec et au Canada.

Il contribuera activement à créer des ponts entre les communautés universitaires du Québec et d’ailleurs au Canada, entre les principaux centres à l’échelle internationale et entre les générations de chercheurs.

Son approche comparative éclairera les grands enjeux que traversent et partagent plusieurs fédérations : la reconnaissance de leur nature plurinationale, la gestion de la diversité dans un monde tenté par le repli et l’isolationnisme.

En impliquant de nombreux chercheurs québécois, le Centre contribuera à une meilleure compréhension du Québec.

Ce faisant, c’est la voix du Québec qui sera portée et mieux comprise non seulement au Canada, mais aussi à l’international.

Notre Politique d’affirmation s’est largement nourri des écrits de plusieurs personnes présentes aujourd’hui!

Je rappelle souvent que notre Politique est le fruit des travaux des penseurs qui ont réfléchi à ces questions au cours des 20 dernières années.

Mais force est d’admettre que nous n’avons pas encore toutes les réponses.

La Politique, qui pose beaucoup de questions, a besoin de ces penseurs, a besoin de vous, pour apporter des réponses.

Ces questions que nous soulevons ne sont pas uniquement sur, ou pour le Québec.

Selon un sondage mené en 2014 par l’Institut Environics, à peu près partout, les Canadiens perçoivent qu’ils sont moins favorisés que ceux d’autres régions.

Région

Régions perçues comme les plus favorisées par le gouvernement fédéral

Atlantique

Alberta (35 %)

Ontario (34 %)

Québec (19 %)

Québec

Alberta (41 %)

Ontario (27 %)

Québec (12 %)

Ontario

Ontario (31 %)

Québec (26 %)

Alberta (26 %)

Manitoba et Saskatchewan

Ontario (41 %)

Québec (31 %)

Alberta (14 %)

Alberta

Québec (41 %)

Ontario (38 %)

Alberta (16 %)

Colombie-Brit

Ontario (49 %)

Québec (23 %)

Alberta (13 %)

On ne peut vivre ensemble dans une fédération où tous se sentent perdants.

Il y a une place au dialogue pour mieux se connaître, pas seulement pour le Québec.

Nous avons chacun une histoire à raconter. Surtout, nous avons tous une histoire commune à écrire ensemble.

Et le CAP-CF contribuera à la rencontre de ces différentes histoires et perspectives grâce aux partenariats avec d’autres centres de recherche du Canada, soit :

  • l’Université de Moncton au Nouveau-Brunswick,
  • le Centre Mowat en Ontario,
  • la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l’Université d’Ottawa,
  • et le Centre d’études constitutionnelles de l’Université d’Alberta.

Ces collaborations devraient s’approfondir et se multiplier.

En terminant, je veux souligner l’importance que le CAP-CF accordera à la relève, aux jeunes, eux qui feront le 21e siècle. Et je reconnais le rôle d’Alain-G. Gagnon dans l’accent mis sur cet aspect primordial.

En parlant de ce 21e siècle, qui sera plurinational et plurilingue, j’aimerais terminer en citant Peter Russel, qui s’arrête sur dix qualités universelles de la recherche concernant la pluralité d’appartenance.

Dans son plus récent livre, Canada’s Odyssey – A Country Based on Incomplete Conquests, où il parle des trois piliers de notre pays : les Canadiens, les Québécois et les peuples autochtones, il affirme ceci, et je le cite :

« As a country or a society, Canada might always be a work in progress. We make the best progress in living well together when we learn more about those we see as “the other” - Canadians not in our own pillar. »
[Traduction : Comme pays ou comme société, le Canada sera peut-être toujours un projet politique à parachever. Nous faisons les plus grandes avancées en matière de vivre-ensemble lorsque nous apprenons à mieux connaitre ceux que nous concevons comme étant « l’autre » - c’est-à-dire les Canadiens ne faisant pas partie de notre propre pilier.]

Il conclut en disant:

« Canada could replace empire and Nation Sate as the most attractive model in the twenty-first century. » [Traduction : Le Canada pourrait remplacer l’empire et l’État-nation comme modèle le plus attractif pour le vingt-et-unième siècle.]

Peter Russell a publié ce livre au même moment où nous avons rendu publique notre Politique d’affirmation.

Je ne saurais dire s’il est un écho à notre Politique, ou si notre Politique fait écho à ses propos.

Mais ce que je sais, c’est que le dialogue auquel le Québec convie les autres Canadiens est non seulement possible, il est déjà commencé.

Et je remercie l’UQAM, le CAP-CF, son directeur Alain G.-Gagnon et l’ensemble des personnes qui travaillent avec lui, d’ajouter aujourd’hui leurs voix – au pluriel - à ce dialogue.

Merci!