Secrétariat du Québec aux relations canadiennes - Gouvernement du Québec.
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Québec, le 1er juin 2017 Dévoilement de la Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes – Québécois, notre façon d’être Canadiens

La version prononcée fait foi.

Monsieur le premier ministre, les moments que nous partageons aujourd’hui marquent une étape importante dans l’histoire de notre nation et ils donnent un nouvel élan à nos relations canadiennes.

Je suis Québécois, et j’en suis fier.

Je suis Québécois, et c’est ma façon d’être Canadien.

Il y a dans cette expression tout le sens et l’essence de la participation du Québec à la fédération canadienne depuis ses premiers jours.

Il y a dans cette formule l’expression de la pluralité d’appartenances qui caractérise notre identité :

– une allégeance au Québec et une appartenance au Canada.

Une appartenance au Canada encore renforcée par une allégeance québécoise reconnue, acceptée, voulue par les partenaires de la fédération.

Une très forte majorité de Québécoises et de Québécois partagent ce sentiment. À plusieurs occasions, une majorité claire d’entre nous ont indiqué ressentir à divers degrés une appartenance canadienne.

Ce n’est pas étonnant puisque, depuis 1867, le Québec participe au projet politique de la fédération tout en affirmant son identité nationale.

Une identité qui repose sur des aspects fondamentaux comme son caractère unique et majoritairement francophone, sa tradition juridique civiliste ainsi que ses institutions politiques, culturelles, économiques, éducatives et sociales.

D’abord Canadiens français, les Québécois sont reconnus comme une entité distincte dès 1774 par l’Acte de Québec et aussi par la Loi constitutionnelle de 1791.

Cette reconnaissance est réaffirmée au lendemain de l’Acte d’Union de 1840 par la convention de LaFontaine et Baldwin, qui en contrecarrait les effets en instaurant la procédure d’adoption des lois à la double majorité.

En 1867, le choix fédéral ainsi que la reconnaissance du Québec s’imposaient pour obtenir l’adhésion de ce dernier.

Cette reconnaissance fait partie de notre histoire fédérale. Elle s’est toutefois étiolée au cours du dernier siècle avec l’apparition d’une nouvelle interprétation du sens de notre union. Nous devons la retrouver et l’intégrer à nouveau à notre projet commun.

En s’éloignant du sens initial de pacte entre les Canadiens français et les Canadiens anglais, une distance s’est créée entre nos deux communautés et, avec elle, des manifestations d'incompréhension sont apparues.

Il ne s’agit pas de nier que notre histoire a connu sa part de conflits et de mésententes.

Cela a laissé des marques, et certains éléments incontournables doivent être répétés à nouveau : nous le savons tous et nous le réaffirmons, la Constitution reste à parfaire pour donner effet et garantie à la reconnaissance de notre identité nationale.

Mais, comme le disait Jocelyn Maclure, professeur de philosophie à l’Université Laval :

« Le fédéralisme canadien, malgré ses jours sombres et ses imperfections évidentes, s’est montré assez spacieux pour que le Québec réussisse son projet de construction nationale. »

Malgré la distance et l'incompréhension, notre route commune nous a menés vers un progrès social et économique qui fait l’envie du monde entier.

Fort de nos progrès communs et décidé à améliorer la place du Québec au sein de la fédération canadienne, notre gouvernement saisit l’occasion du 150e anniversaire de la fédération canadienne pour présenter sa Politique d'affirmation du Québec et de relations canadiennes.

Cette politique déclare d’abord ce que nous sommes : une nation inclusive, à majorité francophone, désireuse de répondre aux aspirations des Premières Nations et des Inuits, forte de la contribution dynamique, historique et contemporaine de la communauté d’expression anglaise et riche de la diversité des personnes de toutes origines qui se joignent à nous.

Ensuite, notre politique prend appui sur ce que nous sommes pour établir les principes qui fondent la vision du Québec au sein du Canada et qui guident la conduite de ses relations canadiennes.

Parce qu’il faut tenir compte de la distance créée au fil du temps entre le Québec et le Canada, la politique présente les moyens privilégiés pour amorcer un rapprochement avec nos voisins canadiens. Ils sont basés sur le dialogue et une meilleure connaissance mutuelle.

Nous voulons que les aspirations du Québec soient mieux comprises. Cela nous apparaît comme une condition essentielle pour qu’elles soient ensuite mieux reçues.

En déclarant solennellement qui nous sommes, nous ferons mieux comprendre les raisons de nos positions et mieux partager les fondements de notre vision de l’avenir.

La promotion des intérêts et des compétences du Québec s’inscrit dans cette perspective.

La Politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes a aussi pour objectif de permettre au Québec de se faire mieux connaître auprès de la société civile canadienne et d’accroître ainsi son rayonnement partout au Canada, notamment dans les sphères économique, sociale et culturelle.

Une vision du fédéralisme canadien

La politique dresse d’abord un rappel historique qui, sans être exhaustif, vise avant tout à mettre en lumière, de façon succincte, les principaux événements permettant de mieux comprendre la réalité nationale du Québec et l’état de ses relations avec l’ensemble du Canada.

Cette politique s’inscrit dans la continuation de notre histoire politique et constitutionnelle. Elle s’en inspire pour offrir une vision actualisée de la place du Québec dans l’ensemble canadien.

Nous voulons notamment remettre à l’avant-plan l’idée d’un fédéralisme qui, au-delà de la diversité des individus, reconnaît aussi la diversité collective, un fédéralisme qui reconnaît les appartenances plurielles comme moyen de renforcer l’appartenance commune.

Un tel fédéralisme, plurinational, répond à la volonté du Québec d’être un partenaire à part entière de l’aventure canadienne et d’y faire valoir toutes les dimensions de son identité.

Il constitue aussi une piste de renouvellement des relations avec les Autochtones. Le Québec entretient depuis plusieurs années une relation de nation à nation avec les peuples autochtones présents sur le territoire québécois. Il entend continuer sur cette lancée et résolument privilégier les voies de la réconciliation en misant sur la création de partenariats et sur le renforcement des capacités individuelles et collectives des Inuits et des Premières Nations.

Au Québec comme au Canada, on voit émerger une volonté nouvelle d’inclure réellement les Autochtones à notre avenir commun. Cette volonté doit se transformer en devoir.

Un fédéralisme plurinational permet enfin à tous les Canadiens de participer avec fierté à l'élaboration et à la réalisation d’une formule de cohabitation plus accueillante et plus réussie parce que plus respectueuse.

Notre projet, animé d’un regard inclusif sur l’humanité, cherche à rapprocher les diversités individuelles et collectives.

Dans un monde inquiet, tenté par l’isolement et le repli identitaire, le Québec et tous les Canadiens ont l’occasion de se retrouver pour partager et réaliser l’ambition de rapprocher la pluralité de leurs appartenances plutôt que de les opposer.

Face aux défis mondiaux que posent la croissance du phénomène migratoire, la délocalisation économique et la montée des inégalités, les Québécois et les Canadiens peuvent ensemble offrir au monde une réponse, partielle, en faisant le choix des appartenances plurielles et de la diversité nationale reconnue et acceptée.

Voilà un défi imposant, mais en même temps un projet humain emballant.

This kind of federalism, plurinational federalism, meets Québec's goal of acting as a full partner in the Canadian adventure, while upholding all the dimensions of its identity.

It also offers a way to renew the relationship with the Aboriginal peoples. Québec has, for several years, maintained a nation-to-nation relationship with the Aboriginal peoples present in the territory.

In both Québec and Canada, there is a new willingness to make a genuine effort to include the Aboriginal peoples in our shared future. This willingness must become a duty.

Plurinational federalism allows all Canadians to participate proudly in defining and implementing a form of cohabitation that is more welcoming and, because it is based on respect, more successful.

Quebecers and Canadians can offer a partial solution to the worldwide challenges of mass migration, economic displacement and growing inequality, by choosing a plurality of ways of belonging, and a diversity of nations that is recognized and accepted.

This is a major challenge, but also an exciting human project.

Une démarche en plusieurs volets

Nous entreprenons aujourd’hui une démarche de longue haleine. Nous affirmons notre volonté claire de lever le tabou de la discussion sur l’avenir de nos relations au sein du Canada.

Il faut reprendre nos échanges sur l’évolution de la fédération, ce qui inclut la dimension constitutionnelle non comme point de départ préalable, mais comme résultat d’un dialogue qui redonnera un sens commun à notre union et une compréhension commune de notre avenir.  

Nous sommes conscients qu’il faudra faire preuve de patience – raffermir les liens de confiance est un processus long et évolutif.

Avant de penser à faire évoluer le texte constitutionnel, il nous faut d’abord discuter, partager et réciproquement mieux nous connaître pour mieux nous reconnaître. Et c’est ce que nous entendons faire.

Le Québec convie donc l’ensemble des citoyens et ses partenaires fédératifs à un nouveau dialogue.

Il les invite à refaire connaissance.

Nous nous convions à une refondation.

Nous commencerons par nous faire plus visibles et plus présents sur la scène canadienne. Nous voulons nous faire plus entendre pour mieux nous comprendre.

C’est dans cette perspective que sont orientées les principales mesures envisagées dans le cadre de la politique.

Des moyens de mise en œuvre

La politique s’appuie sur une déclaration d’affirmation de notre identité nationale et elle y trouve la source des principes qui guideront le Québec dans la conduite de ses relations canadiennes.

Le Québec privilégiera une diplomatie intérieure proactive avec ses partenaires fédératifs.

Il sera aussi davantage soucieux d’alimenter le dialogue avec les représentants de la société civile.

Le Québec favorisera également le rapprochement entre les citoyens.

Souvent illustrées comme deux solitudes, les relations entre citoyens ont aussi façonné de formidables solidarités qui ont contribué au progrès économique, social et culturel du Québec et du Canada.

Nos échanges commerciaux avec les autres Canadiens atteignent le niveau de ceux que nous avons avec les États-Unis, dont la population est pourtant dix fois plus nombreuse.

Nous commerçons plus avec la Colombie-Britannique qu’avec la Chine et davantage avec le Nouveau-Brunswick qu’avec la France.

Il y a là plus de solidarité que de solitude.

Permettez-moi d'esquisser un autre exemple de solidarité :

C’était au jour du lancement d’une nouvelle politique environnementale en Alberta, à l’occasion de laquelle la première ministre, madame Notley, était accompagnée de Steven Guilbault, porte-parole d’Équiterre.

Une belle illustration de solidarité entre les groupes environnementaux du Québec et ceux d’ailleurs au Canada, au soutien de nouvelles politiques publiques.

Comment ne pas ressentir une certaine fierté devant le rayonnement du Québec.

Toutes ces interrelations propagent les visions, les aspirations et les intérêts des Québécois.

Pourquoi ne pas les multiplier?

Nous encouragerons les groupes sociaux et syndicaux, les chefs d’entreprise, les groupes environnementaux, les artistes ainsi que les chercheurs du Québec à redécouvrir ou à intensifier leurs échanges avec ceux qui, ailleurs au Canada, partagent le même désir d’appuyer les plus vulnérables, de créer des emplois, de répondre aux défis soulevés par les changements climatiques, d’émouvoir et d’innover.

La volonté de voir le Québec jouer un rôle plus dynamique dans l’ensemble canadien se reflétera aussi dans l’appareil gouvernemental québécois.

Nos relations canadiennes seront désormais orchestrées par le Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, le SQRC, qui succédera au Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes. Il assumera un rôle plus important comme conseiller stratégique en matière de relations canadiennes. Le nouveau Secrétariat aura notamment pour mandat de travailler activement à la multiplication des passerelles et des espaces de dialogue avec les milieux sociétaux du Canada.

Le gouvernement, sous la coordination du SQRC, veillera également au déploiement d’un réseau d’unités de relations canadiennes dans chaque ministère.

D’une manière générale, le Québec sera présent partout où sa voix doit être entendue pour refléter la vision et les ambitions de son gouvernement. Il sera notamment plus actif au sein des forums intergouvernementaux.

Il entend également poursuivre sa collaboration avec ses partenaires des autres provinces et territoires, intensifier ses relations avec les acteurs fédéraux et ceux de la société civile.

Nous opérerons aussi un rapprochement avec les milieux universitaires ainsi qu'auprès des groupes d’intérêts économiques, culturels et sociaux et nous serons plus actifs dans les médias traditionnels et sociaux.

Au cours des prochains mois, des mesures concrètes seront élaborées et appliquées pour soutenir notre orientation en matière de rapprochement.

On peut notamment penser à des rencontres annuelles de type forum universitaire regroupant les instituts de recherche afin de partager les différents points de vue et de développer une compréhension commune. 

Le Québec prendra aussi l'initiative de proposer des missions sociales, économiques et universitaires avec d’autres provinces canadiennes. Certainement avec l’Ontario, notre premier partenaire commercial, avec les provinces atlantiques, nos voisines et toutes les provinces et territoires jusqu’à la Colombie-Britannique avec laquelle nous accédons à l’Asie.

Bien entendu, le Québec est plus que jamais déterminé à collaborer à la promotion de la francophonie canadienne, avec les gouvernements du Canada et les communautés francophones et acadiennes.

Il continuera à tout mettre en œuvre pour assurer la protection, la pérennité et la vitalité du français au Canada. Le Québec recherchera l’élargissement de l’espace francophone canadien.

Cet espace donne à notre langue la nécessaire résonance qui permet aux Québécois de renforcer leur appartenance canadienne et d'éprouver le sentiment que, le Canada, c'est aussi chez nous.

Les liens qui rassemblent les Québécois et les autres Canadiens doivent reposer d’abord sur des relations de confiance et de réciprocité. C’est sur cette base que doit se construire un véritable dialogue sur l’avenir de notre pays.

Conclusion

Aujourd’hui, le Québec affirme son identité nationale, il présente sa vision du fédéralisme et définit clairement la place qu’il souhaite occuper dans l’ensemble canadien.

Le gouvernement du Québec demandera au nouveau Secrétariat du Québec aux relations canadiennes de déterminer les actions nouvelles les plus appropriées pour soutenir une diplomatie plus stratégique et plus active et pour favoriser le rapprochement citoyen.

Le Québec propose au reste du Canada de reconnaître sa spécificité nationale pour ce qu’elle est et pour ce que nous souhaitons qu’elle soit, à savoir une contribution originale et positive à la fédération canadienne.

Nous sommes tout au début d’un trajet qui devrait nous conduire à mieux nous comprendre réciproquement. Pour ce faire, commençons par rétablir le dialogue dans un esprit d’ouverture puisant à même l’idéal d’un fédéralisme qui accueille et reconnaît les identités individuelles et collectives.

Ce 150e anniversaire de la fédération est une occasion de rapprochement et d’échanges. Il restera bien du travail à faire et du chemin à parcourir avant que chacun occupe sa véritable place au sein de l’ensemble canadien.

Cela ne durera pas un an. Construire l’avenir, ça dure longtemps.

Mais l’objectif est clair : nous devons chercher à mieux nous comprendre pour mieux nous connaître, et cela doit être réciproque.

Affirmer ce que nous sommes, ce qui est fondamental pour nous, permet aussi de faire comprendre nos choix, nos priorités, nos visions, nos ambitions.

L'identité d'une vaste majorité de Québécois repose sur une double appartenance :

– une allégeance québécoise et une appartenance canadienne.

Cette identité, notre identité, n’a plus à être alimentée par le ressentiment ou la peur de l’autre, mais elle doit plutôt se construire sur notre confiance en nous et sur notre désir de vivre ensemble. Cette identité a mûri, elle s’est affirmée.

Autrefois Canadiens français, puis Québécois, nous nous définissions par opposition, soit aux Canadiens anglais, soit aux autres Canadiens.

Aujourd’hui, nous préférons affirmer toutes les dimensions de notre identité.

Affirmer ce que nous sommes est le reflet de nos appartenances plurielles, nos appartenances particulières et notre appartenance commune :

Nous sommes Québécois, et c’est notre façon d’être Canadiens.

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