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Le Québec du 150e anniversaire de la fédération canadienne

1er juillet 2017

1er juillet 2017 Jean-Marc FournierLeader parlementaire du gouvernement et ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne.

Les grands moments de l’histoire d’un pays constituent souvent des occasions de réflexion, d’interrogation et d’action. Nous croyons qu’il devrait en être de même pour le 150e anniversaire de la fédération canadienne; anniversaire d’un pacte politique dont le Québec était partie prenante en 1867.

Le 1er juin dernier, notre gouvernement a présenté la Politique d'affirmation du Québec et de relations canadiennes, afin qu’un dialogue s’engage à nouveau entre les partenaires fédératifs et au sein de la société civile, sur le Canada de demain. L’objectif de ce nouveau dialogue est d’établir de plus nombreuses solidarités économiques, sociales et culturelles entre les citoyennes et citoyens du Québec et ceux de partout ailleurs au Canada et de mieux se connaitre pour mieux se reconnaitre.

Nous croyons que nos appartenances particulières n'ont pas à s'opposer. Au contraire, en choisissant de les valoriser, nous offrons à chaque personne de se voir reconnue dans toutes les dimensions de son identité. Cet accueil et cette ouverture à la diversité collective permettent de générer et de renforcer une appartenance commune au Canada.

Notre proposition de rapprochement doit aussi s'incarner dans nos relations avec la diversité collective du Québec.

Le mois dernier, l’Assemblée nationale a appuyé à l'unanimité un important projet de loi qui reconnait, pour la première fois, les règles d'adoption coutumière pratiquée par les Autochtones du Québec. Au cours des derniers jours, notre gouvernement a annoncé un plan d'action gouvernemental pour le développement social et culturel, l’engageant comme partenaire auprès des Premières Nations et des Inuits.

Les médias ont aussi souligné les éléments de la politique d’affirmation concernant la communauté d'expression anglaise du Québec. Le quotidien The Gazette, paraphrasant le titre de notre politique, "Quebecers, our way of being Canadian", titrait un éditorial favorable dans le même esprit : "Anglo, our way of being Quebecers". Ce qui est vrai pour le Canada est vrai pour le Québec. La meilleure façon de renforcer l’appartenance commune au Québec, c'est de savoir reconnaitre les apports particuliers de chacune des communautés. Celles-ci ont des besoins différents, et chaque individu a le droit de se sentir inclus pour ce qu'il est essentiellement.

Au cours des dernières semaines, de nombreux commentateurs ont souligné l'effritement de la vitalité des collectivités d'expression anglaise éloignées de la région de Montréal. Certains ont cherché à le nier et à opposer les communautés linguistiques; d'autres, plus nombreux – et c'est tant mieux –, ont choisi de reconnaitre une réalité qui ne diminue en rien l'importance de la promotion du français. Ainsi, le premier ministre du Québec a annoncé récemment qu'il instituait un Secrétariat du Québec consacré à la communauté d'expression anglaise.

Enfin, dans la suite de sa politique de rapprochement, notre gouvernement a l'intention de produire une politique sur l’interculturalisme, destinée à favoriser l'intégration des nouveaux arrivants en multipliant les interactions entre la diversité accueillie et la trame commune de la société d’accueil.

Le vivre-ensemble que servent tous deux le fédéralisme et l'interculturalisme a comme valeurs centrales l'ouverture à la diversité individuelle et collective et le maintien d’une trame commune.

D'où venons-nous? Qui sommes-nous? Où en sommes-nous dans notre évolution? Où voulons-nous aller? Autant de questions auxquelles nous devrions répondre à compter de ce 1er juillet 2017. Nous pouvons choisir, comme citoyen et comme acteur engagé dans sa communauté, d'entretenir le dialogue pour nous rapprocher et pour renforcer notre appartenance commune au Canada.

Nous pouvons suivre l'exemple du spectacle Constellation francophone, tenu dans six villes du Canada, le 24 juin dernier, une manifestation du désir de plusieurs, francophones et anglophones, d'être « ensemble pour le français », et ce, du Nouveau-Brunswick au Yukon. Nous pouvons nous inspirer du mouvement engagé pour favoriser l'immigration francophone partout au Canada. Nous pouvons favoriser le rapprochement en donnant suite au signal envoyé par les ministres de la francophonie du Canada, qui est de chercher à répondre à la grande demande de professeurs pour les classes francophones et les classes d'immersion en français.

Les défis sont immenses pour les communautés francophones du Canada. En même temps, l'ouverture à la francophonie est palpable; une nouvelle légitimité apparait, et c'est bien normal. La dualité linguistique du Canada lui offre un avantage incomparable. D'ici 2050, le monde francophone progressera de 250 millions à 700 millions de locuteurs. Nous avons un avantage économique, social, culturel et diplomatique qui fait l'envie du monde entier.

Un Québec pour tous, et un Canada pour tous. Une contribution canadienne pour un monde meilleur. C'est l'essentiel de notre politique de rapprochement.

Auparavant, nous avions souvent le réflexe d'opposer nos particularités; c'était sans doute nécessaire à une époque. Aujourd'hui, le Québec et le Canada ont changé. À l’occasion du 150e anniversaire de la fédération, offrons-nous le cadeau de nous rapprocher en reconnaissant les avantages de nos différentes appartenances.

Cette occasion, nous pouvons l’offrir au monde entier. Alors que la croissance des migrations, les délocalisations économiques et les inégalités inquiètent et réclament des solutions au lieu du repli identitaire et de l'isolement, nous pouvons inspirer un avenir plus prometteur à l’humanité en choisissant le dialogue, la compréhension et le respect réciproque.

Les jeunes du Québec et de tout le Canada, qui vivent dans ce monde traversé par de grands bouleversements, sont particulièrement interpelés par cet appel. Leur réponse aura une incidence qui dépassera leur génération et leur milieu immédiat.  

Le monde a soif de reconnaissance, de justice et d'équité. Le Canada des 150 prochaines années peut offrir une partie de réponse à ces aspirations.

Bousculons nos tabous et sortons de nos à priori, car le Canada dont a besoin le monde, c'est un Canada respectueux et accueillant de toutes les dimensions de la diversité, individuelle et collective. Voilà le cadeau que je nous souhaite pour les lendemains du 150e.